15.05.2010

Nostalgie

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Grâce à Mère Nature, un trait évocateur,
De ce lieu si plaisant, goûté sous le feuillage,
De la belle forêt, par un observateur,
Qui jouit de l'instant, sans éprouver ombrage.

Lui qui connut naguère cet endroit propice,
Ce havre d'escapade offert aux amoureux,
Il contemple les jeunes gens d'un oeil complice,
Les souvenirs jaillissent toujours chaleureux.

Des couples enlacés s'en vont en promenade,
Insouciants et fiers sous le ciel souverain,
Après s'être roulés dans l'herbe au ton de jade,
Certains vont s'embrasser au fond du souterrain.

Les pensées de notre homme vont vers la jeunesse
Qui s'isole pour vivre un peu d'intimité,
Avant de ressortir après quelque hardiesse,
Il se revoit lui-même avec sérénité.

Le plaisir, sans façon, illumine les yeux,
Plus d'une jeune fille ajuste son corsage.
Ils ont le coeur léger, main dans la main, heureux
Quand ils gagnent le bourg où tout devient plus sage.

© Baboo

06.05.2010

Captif - Alice de Chambrier

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Alice de Chambrier - Portrait

Le poète jamais n’est maître de sa lyre,
Dont les cordes souvent éclatent sous ses doigts ;
C’est lorsqu’il sent le plus qu’il peut le moins décrire,
Et que, voulant chanter, il demeure sans voix.

Lorsqu’à l’entour de lui tout n’est que poésie,
Que la nature en fête étale ses splendeurs,
Seul il reste muet, l’âme comme saisie,
Se sentant trop petit pour de telles grandeurs.

Et son cœur frémissant déborde d’harmonie,
Il écoute vibrer de célestes accords ;
Mais un lien puissant enchaîne son génie
Il demeure vaincu, malgré tous ses efforts.

Il voit les astres d’or dans les espaces luire,
Il voit le grand ciel bleu se mirer dans les flots,
Il entend leur langage et ne peut le traduire
Que par d’amers soupirs, pareils à des sanglots.

Ah ! nul ne peut savoir ce qu’il souffre en lui-même,
Aux heures d’impuissance où, malgré son désir,
Il comprend, envahi par un regret suprême,
Qu’il touche à l’idéal sans pouvoir le saisir.

Il est comme un oiseau captif dans une cage,
Et qui, par les barreaux de sa claire prison,
Contemple, dominé par un désir sauvage,
L’air bleu qui librement circule à l’horizon.

C’est en vain qu’il voudrait s’élever dans l’espace,
Se perdre en cet azur dont il se voit banni ;
Il retombe brisé, l’aile meurtrie et lasse,
Les yeux mornes, encor tournés vers l’infini.

Alice de Chambrier (1861 - 1882)

Morte tragiquement à l'âge de vingt et un ans des suites d'un coma diabétique (le 20 décembre 1882), Alice de Chambrier s'est découvert dès son adolescence une authentique vocation poétique qui n'a cessé de s'affirmer et de s'épanouir pendant cinq années. Ses poèmes les plus réussis portent en filigrane la marque d'un labeur acharné en matière de versification ainsi que la trace du souffle impérieux et irrépressible d'une inspiration qui emporta souvent le jeune poète jusqu'à des sommets littéraires rarement atteints. En dépit de son jeune âge et, parfois, de son inexpérience, Alice de Chambrier soutient la comparaison avec les Grands, créateurs du romantisme français. La meilleure partie de sa production est de la même veine que les recueils bien connus publiés par Lamartine et Hugo avant son exil — Victor Hugo, le maître vénéré à la visite duquel Alice consacra un bref séjour à Paris en mai 1881.

Peut-être y a-t-il quelque audace à avancer ces références, mais il convient de ne pas sous-estimer le véritable don de l'écriture propre à Alice de Chambrier. De plus, le choix des sujets ne manque ni de variété ni de hardiesse : du poème épique au poème philosophique, de la complainte intime aux fantastiques chevauchées à travers les espaces interstellaires, de l'observation précise et ponctuelle des manifestations de la nature aux élans mystiques ou à l'interrogation du Mystère, aucun des principaux registres de la poésie romantique n'est demeuré étranger à notre auteur. Aujourd'hui, telle qu'elle se présente à nous, la production d'Alice de Chambrier peut être considérée comme un surgeon tardif du mouvement romantique et comme la seule œuvre marquante de ce type qui émerge du XIXe siècle littéraire en Suisse romande.

23.04.2010

L’Empire des Sens

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Reverrais-je fleurir les cerisiers d’antan
Dont les soyeux pétales, illuminaient tes yeux,
" Sakura" est toujours, le grand événement,
Dans ton Japon natal, ce monde merveilleux…

Pourrais-je encore entendre vibrer les "Taikos",
Ces obsédants tambours du pays des Nippons ?
Pourrais-je savourer ces battements si beaux,
Sourds, enivrants et forts mais toutefois si bons…

Sentirais-je à nouveau les odeurs des marchés,
D’Osaka ou Tokyo, Chiba et Shizuoka ?
Tant de saveurs mêlées, parfums alambiqués,
Il me manque tout ça, ici tout est si froid…

J’aimerais déguster ce délicieux "Fugu"
Au corps empoisonné, affronter le danger,
Comme avec toi naguère, nous étions si fous,
Ce dîner délicat, je ne peux l’oublier…

Pourrais-je encore toucher une peau aussi douce
Que celle de tes mains quand nous fumes ensemble,
Assis dans ce jardin où le grand bambou pousse,
Cela fait si longtemps, c’était hier il semble…

Pour toi je volerai, vers l’Empire des Sens
A nouveau pour jouir de ton doux souvenir.
Tout me rappellera que tu aimais sourire,
Un voyage pour toi, pour combler ton absence.

@Baboo

12.04.2010

L'instant du retour

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Dans le sentier du rêve où fuit ma nostalgie
Je poursuis ton image à chaque heure du jour ;
J'ai pour guider mes pas l'éclat de ton amour
Et c'est de te revoir qui fait mon énergie.

Dans mon coeur se dessine en merveilleux contour,
La minute divine où, l'âme inassouvie,
Je boirai sur ta lèvre un ferment de survie
Que seul on peut goûter à l'instant du retour.

Mais le temps, aussitôt, prendra sa folle course
Comme l'eau du torrent s'éloigne de sa source
Et ce sera déjà pour nous le temps perdu,

Alors que je voudrais, des mois et des années,
Rester à contempler ton beau corps étendu
Sur un grand lit de fleurs aux corolles fanées...

@Baboo

11.04.2010

Sur les ailes du temps

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Dans le fond du tiroir, une photo jaunie,
Laissée là, par hasard, témoin d’une autre vie,
Elle semble dater, d'un temps assez ancien,
Fut prise en un bistrot, disparu, c’est certain.

Dans cette salle immense, au décor suranné,
Quatre piliers de bronze, un plafond ajouré,
Où la clarté s'immisce par la verrière,
Que l'on sent magistrale, divine et fière.

Aux tables, sont assis, quelques hommes âgés,
Ils portent des Melons ou bien des Canotiers,
La moustache est de mise en mil neuf cent quatorze,
Ils causent du conflit, la guerre n'est pas rose…

Debout, on voit des femmes, elles ont remplacé,
L'équipe des garçons, toute mobilisée,
Chacune bravement, s'investit et travaille,
Tandis que tous ces jeunes affrontent la mitraille.

Tous dans ce vieux café, à ce moment ignorent,
Qu'il va leur en coûter, quatre années, tant de morts.
La vie semble paisible, irréelle et figée,
Alors que depuis peu, la guerre est déclarée.

Dans le fond du tiroir, une photo jaunie,
Laissée là par hasard, témoin d'une autre vie,
Sur les ailes du temps, elle m'a emmené,
M'offrant de découvrir un soupçon du passé.

©Baboo