26.04.2010

A la mer

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Un monsieur très ventru, très gras, avait deux filles
Maigres telles des soles, ou même des anguilles.
Tous les trois s’en allaient chaque année à la mer
Se baigner insouciants, parmi les flots amers.

Et lorsque vers le large, entre ses deux blondines,
Le gros papa énorme, à l’air majestueux
S’avançait, on eût dit qu’entouré de sardines
Au loin barbotait un gros phoque monstrueux.

Aussi, quand de la plage on regardait notre homme
S’ébattre, très joyeux, entre ses deux fuseaux,
Des loustics s’écriaient : "Voilà ce que l’on nomme,
En bon français, savoir nager entre deux os !"

@ Baboo

25.04.2010

La mer

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Par le chant de ses vagues captive la mer,
J’aime humer ses embruns, tels des vapeurs d’encens,
A bord de ce vaisseau qui a quitté Ouessant,
Quand au loin disparaît la vision de la terre.

Un vol de cormorans à l’allure sévère
Plane dans le sillage de ce bateau blanc,
Nous faisant profiter par son appel vibrant,
Des tempos mélodieux d’un chant éphémère.

Pour le marin la mer est joie ou bien malheur,
Il y trouve la vie ou lui crie sa douleur.
Car ces flots précieux, sa seule raison d’être,

Représentent bien plus que des montagnes d’or.
Chaque jour il se doit, jusqu’à la mort, peut-être,
D’honorer celle qui le ramène à bon port.

©Baboo

14.04.2010

Et la mer et l'amour ... Pierre de Marbeuf

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Et la mer et l'amour ont l'amer pour partage,
Et la mer est amère, et l'amour est amer,
L'on s'abîme en l'amour aussi bien qu'en la mer,
Car la mer et l'amour ne sont point sans orage.

Celui qui craint les eaux qu'il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux qu'on souffre pour aimer,
Qu'il ne se laisse pas à l'amour enflammer,
Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.

La mère de l'amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l'amour, sa mère sort de l'eau,
Mais l'eau contre ce feu ne peut fournir des armes.

 Si l'eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
Que j'eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.

Pierre de Marbeuf (1596-1645)
(Recueil de vers, 1628)



Pierre de Marbeuf est né en 1596 à Sahurs dans la Seine-Maritime.
Elève du collège de La Flèche où il a été le condisciple de Descartes, le chevalier Pierre de Marbeuf est juriste de formation. Il exercera aussi la fonction de maître des eaux et forêts comme Jean de La Fontaine.
Son Recueil des vers est publié à Rouen en 1628. Auteur de sonnets baroques, il met en œuvre les thèmes de la nature, de la fragilité de la vie et de l'amour. Connu tardivement, il est apprécié non seulement pour ses qualités de poète, mais aussi pour ses talents satiriques.
Recherchant la perfection, il joue avec les mots et les sonorités dans un style baroque.

11.04.2010

Naufragé

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Bercé par le ressac des vagues sur la plage
L'homme s'est endormi terrassé par la mer,
Ce corps nu, étendu, offre au doux matin clair,
Un visage effrayé sous un ciel sans nuage.


La bouche est pleine d'ombre et d'épouvantement,
Gardant gravée en lui, l'horreur comme une empreinte,
Sur le ventre, les yeux vides, sans une plainte,
Il s'est extrait la nuit, hors du piège écumant.


La lumière du jour ne l'a pas réveillé,
Ni le vacarme sourd des vagues en furie,
Ni le vol sur les flots, d'un fier pétrel qui crie,
Inerte, il git toujours sur le sable mouillé.


Depuis le fond des temps la mer roule en sanglot
De tous les naufragés, toutes les voix perdues,
Trop de vies condamnées, destinées défendues,
La mer est un linceul, pour plus d'un matelot.


La marée remontant de l'horizon lointain
Mêle au repos de l'homme endormi sur le sable,
Une rumeur confuse et indéfinissable,
Une mélodie pure effaçant le chagrin.


Par la grâce touché, tout à coup le dormeur
Sort des flots du sommeil sa figure hagarde,
Se redresse, s'effraye, réalise et regarde.
- "Mon Dieu, je suis en vie, quelle joie, quel bonheur !"


Tous les sens égarés dans un monde incertain,
Il se réveille et bouge. La mer est si noire,
Un bateau, un naufrage affectent sa mémoire
Une senteur de mort, comme un songe indistinct.


Et voici qu'il se sent naître dans le matin
Du souffle de la mer, au milieu des nuées,
- "Parmi toutes les vies, que toi, Dieu a créées,
Tu as su épargner celle d'un bon marin.


Car la mer m'a roulé comme un galet, parmi
Les morts gonflés et mous se heurtant à l'épave,
Et je suis tout humide encore de ta bave
Qui colle sur ma peau le sable où j'ai dormi".

© Baboo