11.04.2010

Un cheveu blanc

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Rattachant au hasard ses cheveux sur sa tête,
Hier, sans y songer, au cours de sa toilette
En jetant au miroir un coup d'oeil négligent,
Lorsqu'un rayon d'hiver glissa dans l'air humide,
Et sur son front pâli lui fit voir une ride,
Dans ses cheveux un fil d'argent.


Croyant qu'un vent glacé la frappait au visage,
Elle se vit au bord de l'effrayant passage
Qui nous fait reculer quand il faut le franchir ;
Son âme alors pesa tous les biens qu'on envie,
Et sur la vanité des choses de la vie
Elle se prit à réfléchir.


Dans son chagrin,d'abord, elle a, d'une main prompte,
Saisi comme un objet de dégoût et de honte,
Le funeste cheveu, précurseur du déclin ;
Mais bientôt rougissant de sa colère folle,
Elle se dit : Qu'importe une grâce frivole,
Si l'âme garde un feu divin ?


L'heure du bal sonna ; Elle restait sérieuse
En faisant les apprêts de la fête joyeuse ;
Dans ses cheveux tressés elle oublia les fleurs ;
A ses graves pensées de plus en plus livrée,
Elle choisit alors, comme une humble livrée,
Une robe aux sombres couleurs.


Avec son front rêveur, ses vêtements sévères,
Comme un frêlon glissé parmi les primevères,
Dans un groupe enfantin elle fut par hasard ;
Et chaque jeune fille, avec son teint de pêche,
Son sourire naïf et sa parure fraîche,
Semblait lui dire : Il est trop tard.


L'orchestre préluda ; les groupes se mêlèrent ;
Ainsi qu'un champ de fleurs les têtes ondulèrent ;
On accourut vers elle et on lui prit la main,
La danse s'enlaça gracieuse et rapide.
Ce soir, elle oublia le cheveu blanc, la ride...
Mais elle y songea le lendemain.


© Baboo