28.04.2010
Mortuae - Paul Bourget

Je n'ai gardé de toi, ma Mère, douce morte,
- Oh ! si douce ! - qu'un vieux portrait où l'on te voit
Accoudée, appuyant ta tempe sur ton doigt,
Comme pour comprimer une peine trop forte.
Quand tu songeais ainsi, Mère, je n'étais pas :
Tu n'avais pas tiré mon être de ton être...
Réponds ! devinais-tu qu'un fils devait te naître
Que tu devais laisser orphelin ici-bas ?
Voyais-tu mon destin d'avance, et mon angoisse,
Et ce coeur, né du tien, que tout maltraite et froisse,
Et cette hérédité de tes plus noirs ennuis ?
Réponds ! figure aimée et si vite ravie
Qui, de tes sombres yeux, pareils aux miens, me suis :
Avais-tu déjà peur de me donner la vie ?
Paul Bourget (1852-1935)
Les aveux
Tour à tour poète, romancier et critique, Paul Bourget influence de façon durable les lettres françaises au lendemain de l'ère naturaliste. Lecteur insatiable, féru de littérature, il passe une enfance solitaire à Clermont-Ferrand avant de rejoindre les bancs du Lycée Louis-le-Grand à Paris. Licencié en lettres, il enseigne comme professeur libre, côtoie tous les salons littéraires de la capitale, collabore à de nombreuses revues (' La Revue des Deux Mondes', 'Le Globe', à 'La Nouvelle Revue') et publie trois recueils de vers entre 1875 et 1882. Un an plus tard, ses 'Essais de psychologie contemporaine', dans lesquels il se livre à une analyse fouillée des écrivains qui le subjuguent (Renan, Baudelaire, Flaubert, Stendhal) font de lui un pilier de la critique littéraire. Mais contrairement aux conseils de ses proches, il ne se cantonne pas à cette discipline et choisit d'écrire des romans. Avec 'Cruelle Énigme' (1885), 'André Cornélis' (1887), et surtout 'Le Disciple' (1888), il devient maître du roman psychologique. Son retour au catholicisme au début du XXème siècle donne une nouvelle orientation à ses écrits, qui se teintent de moralisme. Il publie également plusieurs recueils de nouvelles, genre qui lui convient mieux. Paul Bourget incarne la tradition et l'ordre moral, ce qui le conduit à adhérer à la doctrine de l'Action française.
22:53 Publié dans Poèmes célèbres que j'apprécie | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mère.fils, conflit, haine, désamour



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Commentaires
Un poème qui ne peut laisser indifférent, tu me l'avais fait découvrir sur PL, et il me touche toujours autant. Merci.
Écrit par : Réjane | 02.05.2010
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